Extrait de « Trading in the Zone » de Mark Douglas

Le passage à l’analyse mentale

 

 

Si l’analyse technique fonctionne si bien, alors pourquoi de plus en plus d’intervenants tourneraient-ils leur attention de l’analyse technique vers l’auto-analyse mentale, c’est-à-dire vers leur propre psychologie de trader ?

La raison la plus vraisemblable est que vous êtes mécontent de la différence entre ce que vous percevez comme un potentiel d’enrichissement illimité et ce qui reste finalement sur votre compte.

C’est le problème de l’analyse technique, si on peut appeler cela un problème : une fois que vous avez appris à reconnaître les figures, et donc à « lire » le marché, vous découvrez qu’il existe un nombre infini d’opportunités de vous enrichir. Mais, et je suis certain que vous le savez déjà, il peut aussi y avoir un abîme entre ce que vous connaissez des marchés et votre capacité à transformer ce savoir en profits réguliers, en une croissance stable du solde de votre compte.

Songez au nombre de fois où vous avez observé un graphe en vous disant : « hmmm… on dirait que le marché monte (ou descend, selon le cas) », et où ce que vous anticipiez est effectivement arrivé. Mais vous n’avez rien fait d’autre qu’observer le mouvement du marché en vous lamentant de tout l’argent que vous auriez pu gagner.

Il existe une grande différence entre prévoir ce qui va se passer sur le marché (et songer à tout l’argent que vous auriez pu gagner) et la réalité qui consiste à entrer et sortir d’un trade. J’appelle cette différence, et d’autres qui lui sont semblables, un « trou psychologique » qui peut faire du trading l’une des tâches les plus ardues que vous puissiez choisir d’entreprendre, et certainement l’une dont la maîtrise est la plus mystérieuse.

La grande question est la suivante : le trading peut-il être maîtrisé ? Est-il possible de pratiquer le trading avec la même aisance, avec la même simplicité qui est la vôtre lorsque vous vous contentez d’observer le marché et de penser à la réussite, par opposition avec le fait d’avoir à entrer et sortir d’une trade ? Non seulement la réponse est OUI sans équivoque, mais c’est exactement ce que ce livre est destiné à vous apporter : la vision et la compréhension dont vous avez besoin au sujet de vous-même et de la nature du trading. De sorte que sa pratique vous devienne aussi aisée, simple et dénuée de stress que lorsque vous vous contentez d’observer le marché et d’y penser.

Cela peut paraître une tâche immense, et pour certains d’entre vous cela peut même sembler impossible. Mais non ! Il existe des gens qui ont maîtrisé l’art du trading, qui ont comblé le fossé entre les possibilités offertes et les performances de leur compte. Mais, comme vous pouvez le supposer, ces gagnants sont relativement peu nombreux en regard du nombre de traders qui font l’expérience des différents degrés de frustration, allant jusqu’à l’exaspération la plus extrême, en se demandant pourquoi ils sont incapables de générer la réussite régulière qu’ils désirent si désespérément.

En fait, les différences entre ces deux groupes de traders (ceux qui gagnent régulièrement et les autres) sont semblables à celles entre la Terre et la Lune. La Terre et la Lune sont des corps célestes au sein du même système solaire ; elles ont donc quelque chose en commun. Mais elles sont aussi différentes, de par leurs natures et leurs caractéristiques, que le jour et la nuit. De la même manière, quiconque initie une position peut prétendre être un trader. Mais quand vous comparez les caractéristiques de la poignée de gagnants réguliers à celles de la majorité des autres traders, vous découvrez qu’ils sont aussi différents que le jour et la nuit.

Si la réussite régulière en tant que trader peut être imagée par le fait d’aller sur la Lune, nous pouvons affirmer qu’il est possible d’aller sur la Lune. Le voyage est extrêmement difficile et seulement une petite poignée de personnes l’ont effectué. De notre point de vue, ici sur Terre, on voit habituellement la Lune chaque nuit et elle paraît si proche qu’on pourrait presque tendre al main et la toucher. Réussir en trading ressemble à cela. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, les marchés offrent d’énormes quantités d’argent à quiconque est capable d’initier une position. Comme les marchés sont constamment en mouvement, tout cet argent s’écoule en permanence, ce qui amplifie considérablement les possibilités de réussite et les fait paraître à votre portée.

J’utilise le terme « paraître » pour bien distinguer les deux groupes de traders. Pour ceux qui ont appris à être réguliers, ceux qui ont franchi ce que j’appelle « le seuil de la constance », l’argent n’est plus seulement à leur portée ; ils peuvent littéralement le prendre à volonté. Je sais que certains trouveront cette affirmation choquante ou difficile à croire, mais elle est vraie. Bien sûr qu’il y a des limites, mais pour l’essentiel l’argent s’écoule avec tant d’aisance et de facilité dans les comptes de ces traders, que cela bouscule les mentalités.

Quoi qu’il en soit, pour les traders qui n’ont pas évolué jusqu’à pénétrer cette élite, le terme « paraître » veut bien dire ce qu’il veut dire. Il semblerait que si la régularité des gains ou la réussite finale qu’ils désirent est « à portée de main », elle leur échappe ou s’évapore encore et toujours devant eux. En ce qui concerne le trading, la seule chose constante pour ce groupe est la souffrance émotionnelle. Certes, ils vivent des moments d’exaltation, mais il n’est pas exagéré de dire que la plupart du temps, ils traversent des états tels que la peur, la colère, la frustration, l’inquiétude, la déception, le sentiment de trahison et le regret.

Mais qu’est-ce qui sépare ces deux groupes de traders ? Est-ce l’intelligence ? Les gagnants réguliers sont-ils tout simplement plus malins que tout le monde ? Est-ce qu’ils travaillent plus ? Sont-ils de meilleurs analystes, ou disposent-ils de systèmes de trading plus performants ? Possèdent-ils des caractéristiques personnelles innées qui leur facilitent l’adaptation aux fortes pressions du trading ?

Toutes ces suppositions paraissent vraisemblables, sauf à considérer que la plupart des perdants de l’industrie du trading sont également des individus parmis les plus brillants et accomplis de la société. La majeure partie des perdants réguliers est avant tout composée de médecins, d’avocats, d’ingénieurs, de scientifiques, de PDG, de retraités fortunés et d’entrepreneurs. En outre, la plupart des meilleurs analystes de marché sont les plus mauvais traders qu’on puisse imaginer. L’intelligence et l’analyse pertinente peuvent certainement contribuer à la réussite, mais elles ne font pas partie des facteurs déterminants qui distinguent les gagnants réguliers des autres.

Alors, si ce n’est l’intelligence ou la capacité d’analyse, qu’est-ce qui les distingue ?

Ayant travaillé avec quelques-uns des meilleurs et quelques-uns des plus mauvais traders du métier, et ayant aidé certains des plus mauvais à devenir parmi les meilleurs, je peux affirmer sans le moindre doute qu’il existe des raisons particulières pour lesquelles les meilleurs traders surpassent les autres.

Si je devais les réduire à une seule, je dirais simplement QUE LES MEILLEURS TRADERS PENSENT DIFFEREMMENT DES AUTRES.

Je sais que cette affirmation n’a pas l’air très profonde, mais ses implications le sont si vous réfléchissez à la signification des mots « penser différemment ». Jusqu’à un certain point, chacun de nous pense différemment des autres. Nous ne sommes pas toujours conscient de ce fait ; il nous semble naturel de supposer que les gens partagent nos perceptions et interprétations des événements. Et en fait, cette supposition continue de nous paraître valable jusqu’à ce que nous nous trouvions fondamentalement en désaccord avec quelqu’un à propos d’une chose dont nous avons tous deux fait l’expérience.

OUTRE NOS CARACTERISTIQUES PHYSIQUES, NOTRE FAÇON DE PENSER EST-CE QUI NOUS REND UNIQUE ! Probablement même plus que notre physionomie.

Mais revenons aux traders : qu’est-ce qui diffère dans la façon de penser des meilleurs traders par rapport à la mentalité de ceux qui se débattent encore ? Alors que les marchés peuvent être décrits comme un champ d’opportunités illimitées, ils confrontent simultanément l’individu aux conditions psychologiques les plus oppressantes et hostiles auxquelles vous puissiez vous exposer. Jusqu’à un certain point, quiconque opère sur les marchés apprend à leur sujet quelque chose qui lui indique quand les opportunités se font jour. Mais apprendre à reconnaître une opportunité de vente ou d’achat ne signifie pas que vous avez appris à penser comme un trader.

La caractéristique essentielle qui distingue les gagnants réguliers des autres et la suivante :

  • Les gagnants ont atteint une tournure d’esprit, un ensemble précis d’attitudes, qui leur permet de rester disciplinés, concentrés et, surtout, confiants malgré les conditions défavorables. Le résultat est qu’ils ne sont plus vulnérables aux peurs ordinaires et aux erreurs de trading qui accablent les autres.

Quiconque opère sur les marchés financiers finit par apprendre quelque chose à leur sujet ; très peu de traders apprennent les attitudes absolument indispensables pour devenir un gagnant régulier.

De même qu’on peut apprendre à perfectionner sa manière de tenir un club de golf ou une raquette de tennis, la constance (ou l’inconstance) des traders viendra sans aucun doute possible de leur attitude.

Les traders qui franchissent le « seuil de constance » font habituellement l’expérience de beaucoup de souffrances (à la fois émotionnels et financières) avant d’acquérir le type d’attitudes qui leur permet de fonctionner efficacement dans un environnement de marché.

Les rares exceptions sont ceux qui sont nés dans des familles de gagnants réguliers ou qui ont débuté leur carrière de trader sous la direction de quelqu’un qui connaissait la véritable nature du trading et, ce qui est tout aussi nécessaire, savait l’enseigner.

Pourquoi la souffrance émotionnelle et le désastre financier sont-ils monnaie courante parmi les traders ? La réponse la plus simple est : parce que la plupart d’entre nous n’ont pas eu la chance de débuter leur carrière de trader avec des directives appropriées. Mais les vraies raisons sont beaucoup plus profondes. J’ai passé les dix-sept dernières années à « disséquer » la dynamique psychologique qui sous-tend le trading, dans le but de pouvoir développer des méthodes efficaces d’enseignement des principes de la réussite. Ce que j’ai découvert, c’est que, au niveau de la pensée, le trading regorge de paradoxes et de contradictions qui rendent extrêmement difficile une pédagogie du succès. En fait, si je devais choisir un terme qui contienne la nature du trading, ce serait le mot « paradoxe ».

Les catastrophes émotionnelles et financières sont choses communes parmi les traders parce que beaucoup des points de vue, attitudes et principes qui sont parfaitement sensés et fonctionnent très bien dans nos vies quotidiennes, ont un effet exactement inverse dans l’environnement du trading. Ils deviennent là tout simplement inopérants. Ignorant cela, la plupart des traders débutent leur carrière avec un manque fondamental de compréhension de ce que cela signifie d’être trader, des aptitudes que cela implique, et de la profondeur à laquelle ces aptitudes demandent à être développées.

Voici le tout premier exemple de ce dont je parle : le risque est inhérent au trading. À ma connaissance, l’issue d’un trade n’est jamais garantie ; par conséquent, la possibilité d’avoir tort et de perdre de l’argent reste toujours présente. Ainsi, quand vous initiez une position, pouvez-vous vous considérer comme « un preneur de risque » ? Cette question peut ressembler à un piège ; elle n’en est pourtant pas un.

La réponse logique à cette question est un OUI sans équivoque. Si le risque est inhérent à l’activité que j’entreprends, alors je suis bien un preneur de risque. C’est une affirmation tout à fait sensée de la part d’un trader. En fait, non seulement presque tous les traders affirment cela, mais bon nombre d’entre eux sont fiers de se concevoir comme des preneurs de risque.

Le problème est que rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité que cette assertion. Bien sûr, vous prenez un risque en initiant une position mais cela ne veut pas dire que vous assumez réellement ce risque. En d’autres termes, tous les trades comportent un risque parce que leur issue est probable mais jamais garantie. Mais la plupart des traders croient-ils vraiment qu’ils prennent un risque en initiant une position ? Ont-ils vraiment accepté le fait que le trade en question se dirige vers une issue probable mais en aucun cas garantie ? Et plus encore, en ont-ils pleinement accepté les éventuelles conséquences ?

Sans la moindre hésitation possible, la réponse est NON ! La majorité des traders n’a aucune idée de ce que signifie « être un preneur de risque », en tout cas pas à la manière dont un trader gagnant envisage le risque. Les meilleurs traders ne se contentent pas seulement de prendre le risque ; ils ont aussi appris à l’accepter, à l’assumer pleinement. Sur le plan psychologique, il existe un abîme entre prétendre être un preneur de risque parce que l’on initie des trades, et accepter totalement le risque inhérent à chaque trade. Si vous acceptez pleinement les risques, cela aura des conséquences importantes sur la performance de votre compte.

Les meilleurs traders peuvent initier une position sans ressentir la plus petite ombre d’hésitation ou de conflit, et reconnaître aussi librement que le trade en question échoue. Ils peuvent couper la position (y compris avec une perte) sans que cela génère le moindre désagrément émotionnel. En d’autres termes, les risques inhérents au trading ne provoquent en eux aucune perte de discipline, de concentration ou du sentiment de confiance. Si vous êtes incapable d’opérer sans le moindre désagrément émotionnel (plus précisément : sans peur), c’est que vous n’avez pas appris à accepter les risques inhérents au trading.

C’est un gros problème parce que dans la même mesure où vous n’acceptez pas le risque, vous chercherez à l’éviter. Et le fait d’essayer d’éviter une chose aussi inévitable aura des effets désastreux sur votre capacité à opérer avec succès.

Apprendre à vraiment accepter les risques peut s’avérer difficile dans tous les domaines, mais ça l’est encore plus pour le trading, surtout si l’on considère ce qui est en jeu. Qu’est-ce qui nous effraie le plus (en dehors de mourir ou parler en public) ? À coup sûr, perdre de l’argent et avoir tort se tiennent en tête de liste. Reconnaître avoir tort et perdre simultanément de l’argent, cela peut devenir extrêmement douloureux et doit certainement être évité. Pourtant, durant un trade, nous sommes confrontés à ces deux éventualités pratiquement à chaque seconde.

Maintenant, vous pourriez très bien vous dire : « À part le fait que cela fait si mal, c’est naturel de ne pas vouloir se tromper ni perdre quelque chose ; c’est donc normal de faire tout mon possible pour l’éviter ». Je suis d’accord avec vous. Mais c’est cette même tendance naturelle qui rend le trading (si facile en apparence) extrêmement ardu.

Le trading nous confronte à un paradoxe fondamental : comment rester discipliné, concentré et confiant face à l’incertitude permanente ?

Quand vous aurez appris à « penser » comme un trader, c’est exactement ce dont vous serez capable. Apprendre à redéfinir vos activités de trading d’une manière qui vous permette d’accepter totalement le risque, est la clé pour penser comme un trader gagnant. Apprendre à accepter le risque, c’est acquérir une aptitude au trading, l’aptitude la plus importante que vous puissiez acquérir. Pourtant, il est rare que des traders qui veulent progresser accordent leur attention ou consacrent un quelconque effort à cet apprentissage.

Si vous intégrez l’acception du risque en tant qu’aptitude au trading, le marché ne pourra plus générer d’information que vous définiriez ou interpréteriez comme douloureuse. Et si l’information générée par le marché n’a pas le pouvoir de vous infliger de la souffrance émotionnelle, il n’y a alors rien à « éviter ». C’est seulement de l’information, qui vous indique des possibilités. C’est ce qu’on appelle un point de vue objectif, c’est-à-dire qu’il n’est pas biaisé ou déformé par ce que vous craignez de voir ou pas arriver.