Nouveaux équilibres économiques mondiaux

 

Réflexion économique / Août 2008

Le phénomène des délocalisations qui a déjà lieu en Europe depuis une dizaine d’années n’est pas un simple phénomène ponctuel concernant certaines entreprises qui cherchent à augmenter leurs profits au détriment évidemment des travailleurs occidentaux, mais cela traduit plutôt un basculement des équilibres économiques globaux mondiaux.

Actuellement, on cherche à défendre une capacité de travail occidentale contre une capacité souvent orientale ou en tout cas des pays émergents moins chers, en fait il ne s’agit pas simplement d’une concurrence sur le marché du travail mais d’un changement d’équilibre profond et certainement durable.

Parmi les économistes, certains cherchent à rassurer le public avec l’argument selon lequel le coût des transports va bientôt mettre fin à cette tendance entrepreneuriale, puisqu’actuellement c’est l’Orient qui fabrique et l’Occident qui consomme et utilise ces produits dont le rapatriement va devenir de plus en plus coûteux. Mais c’est ne pas tenir compte de la vague profonde et de la mutation économique que nous sommes en train de vivre et qui va faire que les pays émergents (la Chine, l’Inde, l’Amérique Latine, la Russie et l’Europe de l’Est), parce qu’on leur donne du travail, sont en train d’acquérir un niveau de vie qui augmente chaque année et qui rejoint le nôtre. Parce qu’ils travaillent à notre place, c’est le nôtre qui est en train de baisser. Je crois qu’il n’est plus nécessaire de mettre l’accent sur la baisse du pouvoir d’achat dans les pays occidentaux, notamment en Europe et aux Etats-Unis.

Donc, en fait, il y a un rééquilibrage de la répartition des richesses par l’économie et, paradoxalement, par cette recherche exclusive de profit des occidentaux. Non seulement on apporte du travail aux pays émergents, dont le coût augmente chaque année puisqu’ils prennent conscience de la valeur ajoutée que ce travail apporte (par exemple en Asie les salaires augmentent de 10 % par an depuis 3 ans), mais  encore on s’aperçoit que l’intérêt de ce genre de délocalisation risquerait de s’épuiser à court terme. En effet, l’augmentation des salaires fait de ces citoyens des pays émergents des consommateurs qui vont donc acheter et utiliser les produits que nous leur donnons à fabriquer. De ce fait, le problème du coût du transport (le pétrole augmentant) qu’on met en avant actuellement pour rassurer la population occidentale, est un argument qui sera très bientôt obsolète puisque c’est sur place que ces produits seront consommés par les citoyens des pays émergents nouvellement promus au statut de consommateurs modernes.

Parallèlement, nous risquons de changer de statut, nous aussi, en tant qu’occidentaux développés, et de devenir en fait des pays en déclin ; de prendre la direction inverse des pays émergents, de nous appauvrir par manque de travail, donc par manque d’argent. Notre niveau de vie (notre pouvoir d’achat) baisse, déjà depuis de longues années, ce qui a pour conséquence que ces produits fabriqués ailleurs ne reviendront plus ou en tout cas de moins en moins vers nous. Les pays émergents vont s’approprier nos technologies : à force de fabriquer, on se rend bien compte de la manière dont il faut faire les choses. Avec le niveau de vie croissant, les universités vont fleurir dans ces pays et donc former des cadres, des ingénieurs et des techniciens qui vont pouvoir eux-mêmes prendre la relève des occidentaux dans ce domaine.

Donc, en fait, nous leur offrons une chance de s’autonomiser par le pouvoir de l’argent et à cause de notre recherche exclusive de profit, et une fois évidemment que cette autonomie sera conquise, nous serons nous des pays en déclin.

On voit très bien cette tendance de fond qu’aucun gouvernement ou instance régulatrice internationale ne pourra contrer puisqu’il s’agit en fait de mouvements autorisés par la libération des marchés dont nous sommes les auteurs et les responsables, et dont le capitalisme est le plus ardent défenseur.
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