L’affaire Kerviel/Société Générale




Les problèmes des banques : crédit et trading

 

Réflexion financière et économique / Février 2008

L’affaire Kerviel/Société Générale révèle le système bancaire dans son ensemble. Elle ne concerne pas uniquement le fonctionnement de la Société Générale. Cela aurait pu arriver à n’importe quelle banque française ou étrangère. D’ailleurs, cela arrive très souvent qu’un trader perde des fonds importants, simplement, cela n’est pas rendu publique parce que cela concerne les fonds propres de la banque et c’est inclus dans un bilan financier sous forme de pertes ou bénéfices exceptionnels sans autre précision. Cela arrive plusieurs fois par an à toutes les banques importantes qui font travailler leurs fonds propres et qui engagent des traders pour ça.

Un autre problème est apparu, exactement en même temps. C’est d’ailleurs un peu étrange que ce problème de perte de trading coïncide avec l’annonce d’une autre mauvaise nouvelle sur les résultats annuels de la banque le 23 janvier qui est une dévalorisation de portefeuilles de 2 milliards d’euros sur des crédits douteux. Pour le crédit c’est pareil : on ne peut pas licencier un responsable de crédit sous prétexte que 7 ou 10 % des prêts consentis s’avèrent insolvables, c’est normal, cela fait partie du jeu.

L’affaire Kerviel/Société Générale révèle le système bancaire dans son ensemble. Elle ne concerne pas uniquement le fonctionnement de la Société Générale. Cela aurait pu arriver à n’importe quelle banque française ou étrangère. D’ailleurs, cela arrive très souvent qu’un trader perde des fonds importants, simplement, cela n’est pas rendu publique parce que cela concerne les fonds propres de la banque et c’est inclus dans un bilan financier sous forme de pertes ou bénéfices exceptionnels sans autre précision. Cela arrive plusieurs fois par an à toutes les banques importantes qui font travailler leurs fonds propres et qui engagent des traders pour ça.

Cette affaire met en évidence un fonctionnement général, universel, des banques qui cherchent évidemment à rentabiliser au maximum leurs fonds propres.

Un autre problème est apparu, exactement en même temps. C’est d’ailleurs un peu étrange que ce problème de perte de trading coïncide avec l’annonce d’une autre mauvaise nouvelle sur les résultats annuels de la banque le 23 janvier qui est une dévalorisation de portefeuilles de 2 milliards d’euros sur des crédits douteux.

C’est exactement la même cause avec deux effets différents, c’est-à-dire que les banques cherchent à rentabiliser au maximum leurs fonds propres en embauchant des traders et, on le verra un peu plus tard en détail, en laissant une certaine latitude à ces traders ; et une autre manière plus classique qu’ont les banquiers de rentabiliser leurs fonds propres est de prêter de l’argent à un taux plus important que le taux auquel elles empruntent cet argent. Car elles sont capables de prêter beaucoup plus que les dépôts qui sont faits. Pour cela, elles s’empruntent les unes aux autres et elles empruntent aux Banques Centrales des pays, ou des continents comme l’Europe, de l’argent à un taux assez réduit, de l’argent au jour le jour, à un taux de 3 % à peu près actuellement, et elles prêtent évidemment beaucoup plus cher aux particuliers ou aux entreprises qui désirent faire des investissements ou des achats de biens personnels ou d’immobilier.

La première alerte était sur le contrôle des opérations de trading, mais il y a une alerte beaucoup plus générale et qui est connue de toutes les banques qui ont actuellement des gros problèmes avec les crédits, c’est l’alerte sur la solvabilité des emprunteurs.

Évidemment, le banquier pour rentabiliser au maximum son affaire a intérêt à prêter le plus souvent possible les plus grosses sommes possibles au plus grand nombre de gens possible. Mais là aussi, il devrait y avoir un contrôle de risques, exactement comme en trading, et visiblement dans les deux cas, aussi bien le trading que le crédit, une énorme lacune est révélée, en termes de gestion et de contrôle du risque, de la part de soi-disant professionnels de la finance.

En fait, prêter à un taux plus élevé que l’on emprunte est très intéressant à condition de gérer le risque, c’est-à-dire de prêter à des gens qui offrent de grandes probabilités de rembourser, non seulement le capital mais aussi les intérêts. Il est évident que prêter n’importe quelle somme à n’importe qui, même si cela paraît être intéressant quand le taux de prêt est plus élevé que le taux d’emprunt, est en fait une idée catastrophique qui mène à la ruine. Donc, prêter sans contrôler et gérer le risque ou en le contrôlant et en le gérant mal veut dire petit à petit se ruiner, perdre de l’argent à chaque fois qu’on prête ou en perdre plus souvent que l’on n’en gagne.

Il est évident qu’un taux d’intérêt de 8 à 9 %, c’est intéressant !

L’argent lui-même est emprunté à 3 % actuellement, ce qui fait un rendement annuel de 5 à 6 %. C’est intéressant mais c’est beaucoup moins intéressant de perdre les 100 % ou les 60 % qui ont été prêtés à un emprunteur insolvable.

Pour chaque opération malheureuse, on perd de 60 à 100 % du capital ; pour chaque opération heureuse, on gagne par an 5 à 6 %. Donc, s’il n’y a pas, en amont du prêt, un contrôle et une gestion très précis des risques, cela devient évidemment un métier ruineux. C’est ce dont se sont rendu compte toutes les banques du monde occidental depuis août 2007 : elles ont géré et contrôlé le risque d’une manière tout à fait insuffisante et qui n’est pas digne de professionnels de la finance qui ont tous les outils statistiques et informatiques possibles pour pouvoir faire une gestion du risque extrêmement précise en fonction des statistiques de non recouvrement de prêts, d’insolvabilité, de surendettement. Elles ont accès à tous ces chiffres officiels qui paraissent toutes les semaines ou tous les mois et elles peuvent très bien calculer (en faisant bien leur métier) le risque qu’elles prennent sur chaque prêt et elles peuvent couvrir ce risque sur des instruments financiers qui sont réservés aux professionnels, qui sont des instruments de couverture de crédit qu’elles s’achètent, se rachètent et se revendent les unes les autres en fonction de l’économie et de la richesse des ménages dans un pays. Donc, elles n’ont pas fait ce travail, ou elles l’ont très mal fait, et se sont donc retrouvées avec un gros problème.

Plusieurs banques auraient fait faillite sans l’intervention d’investisseurs miracles extérieurs, notamment venus de pays émergents. La Northern Rock qui est la 10ème banque d’Angleterre aurait fait faillite sans l’aide de l’État anglais qui l’a prise sous sa tutelle provisoirement en injectant des dizaines de milliards de livres sterling, sinon cette très belle banque, qui a eu un parcours magnifique depuis plus de dix ans, serait actuellement en dépôt de bilan à cause des crédits douteux.

Évidemment, ces sauvetages (que ce soit la nationalisation précipitée de la Northern Rock par l’État anglais à grands coups de dizaines de milliards de livres sterling qui viennent directement de la poche des contribuables, ou que ce soit les prêts à taux usuriers consentis par des investisseurs du Moyen-Orient à CityGroup, la première banque du monde qui s’est retrouvée extrêmement déstabilisée et en situation de quasi faillite en automne 2007… ou à d’autres banques aussi) ont coûté très cher puisqu’on parle de taux de prêt de 11 à 12 % par an pour les capitaux venus du Moyen-Orient mais c’était la seule manière de ne pas fermer l’entreprise. A ce prix-là, il est évident qu’un deuxième problème se pose : on sauve effectivement l’entreprise (ces banques ne servent pas uniquement à proposer des prêts aux particuliers et aux entreprises, elles ont aussi d’autres activités, notamment, des banques d’investissement, la gestion des fusions/acquisitions et aussi les portefeuilles obligataires importants qui continuent de leur rapporter) ce qui leur permet de continuer toutes les activités rémunératrices, par contre cela remet fondamentalement en question toute la partie crédit, qui est tout de même l’activité principale d’un banquier depuis tous les temps, et en tout cas sa rentabilité puisque les fonds prêtés le seront forcément (vu l’état du marché du crédit) à un taux inférieur à celui auquel la banque a emprunté ses fonds. On ne peut aujourd’hui emprunter à moins de 11 à 12 % puisque les taux d’intérêt à long terme plafonnent à environ 5 %, donc le crédit au particulier, dans le meilleur des cas, va plafonner à 9 ou 10 %.

Cela veut dire qu’actuellement les « sauveteurs » (que ce soit l’état anglais ou des investisseurs orientaux) qui amènent les fonds manquants (disparus à cause de l’insolvabilité des emprunteurs) permettent de « sauver la façade » mais continuent de ruiner l’activité puisque le banquier doit prêter, c’est son métier, s’il ne prête pas il ferme la boutique et actuellement s’il prête il perd de l’argent sur chaque prêt, en admettant même que le contrôle et la gestion du risque des prêts soient faits correctement, un taux inférieur de prêt ne va jamais rattraper un taux supérieur d’emprunt.

Tout cela est en train d’amener une crise du crédit (les banquiers vont être de plus en plus réticents à pratiquer leur principale activité qui est le crédit, sachant qu’ils vont perdre des fonds en la pratiquant) qui va donc se répercuter sur le développement des économies, puisque les économies ont besoin de crédit pour se développer, qui vont s’effondrer sur elles-mêmes faute de liquidités apportées au marché.

Le marché boursier, comme d’habitude, a anticipé tous ces problèmes puisqu’il est animé par des analystes très pointus qui n’ont en vue que l’avenir et non pas la situation présente ou passée et sont donc bien habitués à anticiper les conséquences de tel ou tel problème qui apparaît dans le présent. Le marché boursier a décroché très fortement déjà depuis le mois d’août 2007, quand sont apparues les premières alertes des banquiers concernant leurs résultats trimestriels ou annuels, et il est toujours en train de le faire. Il semble s’être stabilisé à des niveaux très bas qui intègrent ce problème de ralentissement de l’économie dû à une crise du crédit, ce ralentissement s’ajoutant lui-même à un ralentissement structurel de la consommation et de la demande qui était déjà présent bien avant la crise du crédit. Il y avait déjà un essoufflement des économies occidentales et évidemment cette crise du crédit risque de porter un coup fatal à ces économies qui étaient déjà fragilisées par le ralentissement de leur croissance.

S’il n’y a pas d’intervention vigoureuse des Banques Centrales, cela mènera à la récession dont on parle aux Etats-Unis.

Les grands argentiers ont injecté des masses très importantes de liquidités dans l’économie en général et sur les marchés financiers en particulier en baissant très brutalement (d’une manière historique, c’est la plus grosse baisse en seulement deux mois pour les Etats-Unis), les taux à partir desquels les banques peuvent emprunter de l’argent. Mais elles peuvent emprunter cet argent uniquement pour le prêter à des particuliers ou des entreprises, d’où l’injection massive de capitaux. Elles ont dû faire appel à d’autres emprunts pour leurs problèmes de trésorerie interne qui n’a rien à voir avec le crédit. L’argent qu’elles empruntent au gouvernement à bas prix ne devant en aucun cas servir à éponger des fautes de gestion du contrôle du risque.

Donc, les argentiers font leur possible pour ranimer des économies bien affaiblies et cette crise du crédit perdure tout de même à cause des fonds propres qui se sont définitivement volatilisés : l’argent des crédits insolvables est définitivement parti et ce ne sont pas les grands argentiers qui vont servir à le combler (sauf l’État anglais qui a décidé de venir au secours de la Northern Rock aux frais du contribuable mais cela aura un prix aussi).

Donc, le problème de Jérôme Kerviel, est totalement indépendant, puisque les activités de trading sont complètement décorrélées des activités de crédit pour des raisons légales puisqu’on n’a pas le droit de mélanger les fonds qui sont empruntés sur le marché monétaire avec les fonds propres. La banque est libre d’utiliser ses fonds propres comme elle l’entend. Elle peut investir dans des affaires complètement folles et risquées alors que l’argent emprunté sur le marché monétaire doit exclusivement être affecté au crédit. Ce sont donc deux activités bancaires totalement différentes.

Jérôme Kerviel intervient dans une de ces activités qui n’a absolument rien à voir avec le crédit mais ce qui est frappant c’est que les deux faits différents et indépendants marquent tous deux (dans deux activités différentes qui ne sont probablement pas animées par les mêmes personnes) des erreurs de gestion et de contrôle du risque qui sont stupéfiantes de la part de professionnels qui sont censés gérer des dizaines de milliards d’euros, de dollars ou de livres sterling. Comme par coïncidence, cette double révélation met l’accent sur des erreurs professionnelles, de véritables fautes professionnelles extrêmement graves.

Ces professionnels sont censés protéger les capitaux qui leur sont confiés par la banque ou par l’État sous forme de prêts à taux d’intérêt bas qui doivent servir au crédit. Protéger ne veut pas dire ne pas prendre de risque mais contrôler et gérer le risque.

Ces deux affaires montrent une lacune énorme. On dirait que le système bancaire tout entier est géré par des gens qui sont en permanence en faute professionnelle.

On prend le cas de Jérôme Kerviel. Il a été mis à pied pour faute professionnelle. C’est vrai qu’il a probablement dépassé la limite de risque qui lui était fixée. Mais, il n’est pas seul, il a des contrôleurs au-dessus de lui, des superviseurs, des supérieurs hiérarchiques. Eux aussi devraient être licenciés et mis à pied puisqu’ils n’ont pas fait ce qu’il fallait pour empêcher un simple employé, un de leurs subalternes, de dépasser, et de loin, les limites de risques imparties.

Mais c’est la même chose au niveau du crédit. Si on va voir dans les départements « crédit » qui n’ont rien à voir avec les départements « trading », on retrouve exactement le même problème : la Société Générale a perdu quand même deux milliards d’euros. QUI les a perdus ? Une armée d’employés qui ont mal fait leur travail ; une armée de supérieurs hiérarchiques qui n’ont pas supervisés correctement leurs employés, qui ont laissé passer un nombre trop grand de dossiers douteux, donc qui ont manqué aux procédures d’analyse et de contrôle du risque. C’est un manquement grave ! Si on voulait vraiment faire les choses d’une manière rigoureuse, il faudrait probablement licencier 80 à 90 % des employés de banque, comme on l’a fait pour Jérôme Kerviel, car ils n’ont pas fonctionné correctement dans le cadre des procédures règlementaires au sein de leur établissement.

Faisons la différence entre le risque et la perte. Ce sont fondamentalement des choses différentes : on peut prendre énormément de risques et gagner et même gagner beaucoup et on est tout du moins fautif parce qu’on n’a pas contrôlé et géré le risque dans les limites imparties par l’établissement bancaire et ses supérieurs hiérarchiques.

Perdre de l’argent pour un trader n’est pas une faute professionnelle !

Tous les traders de tous les établissements bancaires et de toutes les sociétés financières en général, y compris les gestionnaires de fonds, perdent de l’argent tous les jours sur des lignes de portefeuilles d’actions, d’obligations ou des opérations sur des instruments financiers sophistiqués. Ce qui fait qu’un trader reste embauché c’est qu’il en gagne plus souvent (ou plus) qu’il n’en perd. Mais perdre de l’argent fait partie intégrante du métier. Un gestionnaire de fonds de placement en actions qui achète une ligne importante d’actions fait forcément bouger le marché, il fait monter le marché au moment de l’achat et dans les heures qui suivent le marché rebaisse, donc, sur sa ligne, dès les premiers jours il est perdant. Le marché ne va pas continuer en flèche dans la lancée que lui-même a générée.

Pour le crédit c’est pareil : on ne peut pas licencier un responsable de crédit sous prétexte que 7 ou 10 % des prêts consentis s’avèrent insolvables, c’est normal, cela fait partie du jeu. Quand on prête, il y a un risque. Même la personne qui est financièrement saine au moment où on lui prête peut changer de situation : le chômage survient, et la personne devient insolvable.

Donc, pour Kerviel, le problème n’est pas la perte mais le non respect de règlements internes concernant le risque, les montants à investir et le niveau de risque des opérations financières. Jérôme Kerviel travaillait sur des instruments financiers qu’on appelle les produits dérivés qui sont disponibles même pour les particuliers (pour la plupart) mais qui comprennent un fort niveau de risque et un effet de levier qui multiplie les gains et les pertes par 10 ou 20, suivant justement la gestion du risque qu’on a. Mais ce n’est pas au trader de définir un cadre de la gestion du risque. C’est à ceux qui l’emploient. Ensuite, c’est au trader de s’en tenir à cette définition.

Très probablement, Jérôme Kerviel ne s’est pas tenu aux limites, surtout en termes de quantité. Apparemment il avait un portefeuille beaucoup plus important que ce qu’on aurait dû lui confier. Mais il faut savoir qu’il n’existe aucun trader compétent qui s’en tienne à ce risque. Donc, il faut savoir que la manière dont a éventuellement agi Jérôme Kerviel pour alourdir ses positions (qu’il pensait être favorables aux intérêts de son employeur) est un fait quotidien. Les seuls traders qui seraient à même de respecter ou de diminuer les positions autorisées sont des traders qui ne vont pas être embauchés longtemps parce qu’en fait ils ont peur et s’ils ont peur c’est probablement parce qu’ils savent qu’ils vont perdre de l’argent plus qu’ils ne vont en gagner. Il est évident qu’un trader qui est sûr de son métier a envie, d’une part pour toucher des primes personnelles et d’autre part pour servir au mieux les intérêts de son employeur, de gagner le maximum d’argent possible lorsqu’il croit voir une opportunité de marché intéressante, selon son propre cadre d’intervention. Il est évident que dans beaucoup de situations (et ça arrive à tous les traders plusieurs fois par an, et même pour certains en permanence), ils sont largement au-delà des limites. C’est-à-dire que lorsqu’ils ont vu une bonne opportunité, qui peut durer de plusieurs jours à plusieurs mois, et qu’ils ont mis le « paquet » dessus, et qu’une deuxième opportunité encore plus formidable que la première apparaît une semaine ou un mois après (leur métier étant de débusquer les opportunités de marché et de les saisir puisqu’ils ont l’audace de le faire), ils ne vont pas rester sur leur fauteuil et laisser les autres ramasser des grosses sommes à leur place. Ils vont donc, obligatoirement, s’ils respectent toutes les procédures hiérarchiques, demander une ligne de crédit, mais souvent les opérations nécessitent d’agir dans un temps extrêmement court, d’agir très rapidement, et il y a une sorte de consensus général dans le domaine de la finance qui fait que lorsqu’on a confiance dans un trader (et si on n’avait pas confiance il ne serait pas embauché) et bien on lui laisse une énorme latitude car on sait que même si une perte est encaissée, dans la durée, les fonds fructifient d’une manière très intéressante.

En fait, il y a une énorme souplesse, on ne va pas faire de chipotages administratifs à un trader ; ce serait la meilleure manière de lui couper les ailes et de le démotiver. D’avance, on sait que tout ce qui concerne le trading concerne un risque fort, surtout sur les produits dérivés et cela est assumé par les banques, sinon elles ne donneraient pas un seul centime à ses employés pour s’en servir de cette manière. Elles sont aussi conscientes d’avoir embauché des gens de grande qualité qui sont capables de très bien maîtriser ce qui peut arriver sur un marché financier à un moment donné et d’en tirer profit dans la durée, même s’il y a des pertes entre temps.

Il y a effectivement un problème spécifique dans l’affaire de Jérôme Kerviel : pourquoi être intervenu dans le trading d’un employé en qui on a mis sa confiance ? C’est une anomalie psychologique.

Comme tous les traders, il est régulièrement en faute ; la plupart du temps, seul le trader est conscient de ses risques et de sa méthode d’intervention, donc le supérieur hiérarchique d’un trader est obligé de respecter ce secret. Ce secret ne va évidemment pas avec une transparence administrative. Il y a forcément une question de confiance. C’est la raison pour laquelle il y a toujours une période probatoire en back office ou middle office pour les traders avant de les mettre sur le front office qui est la bataille de la prise de décision sur les marchés financiers. On ne confie pas comme ça des sommes avec un facteur de risque important à des débutants.

Alors, pourquoi avoir confisqué ses investissements à Jérôme Kerviel au lieu de le laisser les mener à bien, même si on sait qu’il a dépassé des limites. Le fait qu’il ait dépassé des limites est tout à fait ordinaire dans la profession. Peut-être qu’il les a dépassées d’une manière exagérée, qui a fait peur ou qui a alerté ses supérieurs hiérarchiques mais de toute évidence, ceux-ci ont fait une faute (non par rapport au droit du travail) psychologique et ensuite une faute financière qui a fait perdre de l’argent. Car en fait, ce n’est pas Jérôme Kerviel qui a clôturé ses positions mais ce sont d’autres employés de la banque qui ont fait cela d’une manière assez précipitée dans un marché qui était extrêmement volatile et mouvant du 21 au 23 janvier, dans une débâcle boursière. Ce n’était pas forcément le meilleur moment. Ils ne l’ont pas forcément fait de la manière la plus sereine et maîtrisée possible, car les gens qui ont débouclé ces positions (qui étaient forcément des professionnels du passage d’ordre, peut-être pas des traders, mais ils savaient passer des ordres en bourse) l’ont fait avec précipitation (on leur a certainement demandé de le faire rapidement puisqu’ils l’ont fait dans les pires conditions et en trois jours : se débarrasser en trois jours de positions de 50 milliards d’euros c’est tout à fait exceptionnel. Pour liquider des positions de cette ampleur on met souvent plusieurs semaines : hedge funds, grands fonds de placement mettent souvent une bonne semaine pour se débarrasser de sommes aussi énormes et ils ne le font jamais dans des conditions de marché aussi périlleuses que ces trois jours-là).

Donc, il faut bien dire qu’on a donné des ordres un peu étranges à ces opérateurs qui n’ont pu faire que ce qu’ils savaient faire et dans des limites étroites, déjà de déboucler ces positions dans la précipitation et ensuite ces opérateurs n’avaient pas connaissance du plan qui était à la base des prises de position de Jérôme Kerviel puisque lui seul connaissait sa méthode d’intervention. La personne la plus apte à déboucler ses positions ne pouvait être que lui-même et il n’a pas pu le faire puisqu’il était déjà licencié. C’est une grosse erreur de la banque à laquelle on peut imputer les presque 5 milliards de perte.

Il y a des soi-disant preuves de conversation entre Jérôme Kerviel et son courtier, puisqu’un trader n’est pas courtier (le courtier est chargé de l’exécution des ordres sur le marché et le trader est chargé de la décision et des quantités), depuis déjà novembre et décembre qui montrent que ses positions étaient déjà prises depuis longtemps, donc il y avait un objectif. Le fait qu’il les ait gardées montre qu’il avait en tête une stratégie bien précise que personne ne connaît à part lui et dans laquelle il a été erroné d’intervenir. Un trader a les nerfs suffisamment solides pour supporter des phases de grande volatilité sachant très bien que les choses reviennent toujours dans l’ordre sur le marché.

Il est évident qu’on ne place pas 50 milliards d’euros sur un quelconque marché financier en passant inaperçu des autorités de marché ni des courtiers qui exécutent les ordres (ce sont des ordres impressionnant et suffisamment rares pour se faire remarquer). Les courtiers ont un devoir d’information par rapport à leurs clients, qu’ils soient professionnels ou particuliers. Quand des sommes importantes sont en jeu, les courtiers ont un double devoir d’information par rapport aux autorités des marchés financiers d’une part parce que ce sont des sommes qui peuvent vraiment avoir un impact sur une place financière quand on la place et quand on la retire, donc les autorités de marchés financiers doivent être averties et le sont systématiquement par le courtier, et d’autre part, par rapport à son client. Le client étant une banque, il est évident que le courtier va faire connaître au responsable de la banque le montant des sommes engagées quand ce montant lui paraît inhabituel.

On peut imaginer qu’au vu d’une situation de marché un peu exceptionnelle, tous les traders d’un établissement financier (qui sont des centaines) prennent position du même côté du marché, a peu près en même temps à quelques heures près. Le contrôleur du risque sait et voit (et c’est son métier de le savoir en temps réel) enfler la position directionnelle de son établissement sur un marché donné : le marché des actions, des matières premières, de l’or ou des devises, et c’est à lui de limiter éventuellement cette position ou de juger qu’elle est trop forte par rapport aux directives et limites qui ont été collégialement retenues.

C’est un peu un faux procès d’imputer ces pertes à Jérôme Kerviel parce qu’il aurait fraudé ou utilisé les mots de passe de collègues pour alourdir ses positions. De toute façon, s’il l’a fait, il n’a pas pu le faire à l’insu des contrôleurs de gestion et encore moins du back office qui répertorie toutes les positions, leur taille, leur montant. Chaque soir, le back office, après la fermeture des marchés financiers, répertorie toutes les positions.

On peut perdre confiance dans un individu et, effectivement, agir comme ils ont agi. On peut dire : « D’accord, jusqu’ici on a fermé les yeux, ça fait partie du métier, on laisse les traders relativement libres de leurs positions mais là, on a peur, c’est trop ». Pourquoi ont-ils pris peur ? Peut-être parce que les marchés sont entrés dans une phase de volatilité et dans une direction qui ne correspondait probablement pas à celle qui était prise, donc à l’engagement global de la banque sur les marchés financiers ; engagement global qui était peut-être dû en grande partie à Jérôme Kerviel lui seul, mais qui était connu de la banque elle-même. La banque connaît ses engagements, au jour le jour.

Ils ont fait une faute financière qui est de ne pas avoir fait part au trader de leurs inquiétudes et le laisser agir en conséquence, quitte à lui donner l’ordre de déboucler rapidement ses positions. Un trader, étant un employé, est en mesure d’accepter un tel ordre. Mais ce n’est pas forcément intelligent de donner un ordre à quelqu’un qui est plus compétent que soi. Jérôme Kerviel était l’homme le plus compétent du monde pour juger du bien-fondé de ses positions et de leur débouclage éventuel. Il aurait été intéressant que la direction fasse part de ses inquiétudes au trader lui-même. Il l’aurait peut-être rassurée et si ce n’était pas le cas il aurait au moins débouclé ses positions en tant qu’employé d’une manière plus correcte et plus profitable que celle qui a été choisie.

Je pense que c’est une panique qui s’est emparée d’eux quand ils ont vu que déjà le vendredi soir les marchés clôturaient très bas, que les marchés américains ont été encore plus bas. Ils se sont dit que le lundi allait probablement être très négatif sur les places européennes. Les positions de Jérôme Kerviel étaient directionnelles acheteuses sur les indices actions européens, donc elles étaient évidemment en mauvaise posture mais cela arrive tous les jours à des traders d’être en mauvaise posture : parfois un trader doit avoir les nerfs solide pour supporter pendant plusieurs semaine ou plusieurs mois d’être en négatif sur des positions importantes. Cela fait partie du métier de trader de conserver ses positions (quelles que soient les pertes virtuelles) tant que le cadre d’intervention est respecté, tant que les motivations qui l’ont fait décider sont intactes. Il est évident qu’un trader qui débouclerait ses positions dès qu’elles sont négatives perdrait sans arrêt de l’argent puisqu’une position n’est jamais toujours positive durant sa durée de vie. Que ce soit quelques minutes, quelques heures ou quelques mois, les positions oscillent et à un moment donné elles partent dans la bonne ou la mauvaise direction et là on coupe la position avec une perte ou avec un gain.

Ils n’auraient pas pu le licencier sous prétexte que ses positions étaient perdantes, ni non plus sous prétexte que ses positions étaient perdantes et énormes… ils l’ont licencié pour fraude.

Il a certainement utilisé les codes informatiques de collègues pour pouvoir accumuler des positions (il l’a reconnu lui-même) plus grandes que celles qui étaient dans les limites qui lui étaient imparties. Mais, à nouveau, il ne l’a pas fait sans le consentement de ses collègues et ses collègues n’ont pas donné leur consentement sans d’abord vérifier la pertinence de ses prises de position.

Parfois, les idées manquent à un trader et il est bien content qu’un collègue lui donne un conseil ou mette le doigt sur une anomalie de marché dont il serait intéressant de profiter. Que ce soit le trader lui-même qui fasse son code ou son collègue qui rentre sa position à sa place, le résultat c’est qu’il y a de l’argent dans son compte et le trader est d’accord que cet argent soit là et il le sait, il le voit instantanément sur son écran. Donc si Kerviel avait vraiment fraudé contre le gré de ses collègues, d’abord il n’aurait pas pu le faire et ensuite il aurait immédiatement été repéré.

Je pense qu’il y a eu ce phénomène d’enthousiasme qui existe souvent dans une salle des marchés pour une certaine interprétation directionnelle des marchés européens et que cette salle des marchés a pris des positions très élevées sur la bonne impression que faisaient Jérôme Kerviel et son interprétation des marchés. Les systèmes de protection (très sommaires d’ailleurs, un numéro de code n’est pas une véritable protection), d’un commun accord, ont donc été détournés et maintenant on lui reproche une petite faute que font tous les traders : s’échanger des tuyaux et se remplir les comptes des uns et des autres quand on a des bonnes idées et que l’autre n’en a pas. Ceci dit, ce n’est pas seulement les traders mais aussi leurs supérieurs hiérarchiques qui savaient donc parfaitement de quoi étaient constitués les différents portefeuilles confiés aux traders. Tout ça est quotidiennement vérifié au centime près. Donc, tout le monde savait très bien qu’il y avait des positions extrêmement lourdes et directionnelles sur les marchés des indices actions européens en produits dérivés. Tout le monde a fermé les yeux jusque là parce que Jérôme Kerviel est un trader qui sait gagner de l’argent. A un moment donné, quelqu’un qui n’avait pas les nerfs d’un trader a craqué.

Les supérieurs hiérarchiques en question ont accepté et laissé filer des positions colossales car c’est leur métier, ils sont là pour ça. Ils ne sont pas là pour rémunérer cet argent au taux de la Caisse d’Épargne. Ils sont là pour faire du trading. Quand on a une petite conviction on met un peu d’argent et quand on en a une grosse on en met beaucoup. Cela fait partie du trading.

La peur est venue quand les 50 milliards d’euros étaient engagés sur les marchés. Mais il y a eu autre chose avant. Qu’est-ce qui a fait qu’on a engagé des sommes pareilles ? C’est la contrepartie de la peur : l’avidité. Et qu’est-ce qui a fait que tous les banquiers du monde ont prêté des centaines de milliards d’unités de devises à des clients insolvables ? Exactement la même chose : l’avidité. Chaque somme prêtée étant censée rapporter 5 à 6 % par an, on a cherché à en prêter le maximum. Et l’avidité a rendu aveugle sur le risque : le risque de crédit et aussi le risque d’intervention sur les marchés de dérivés. C’est exactement les mêmes mécanismes qui se sont reproduits dans les deux aspects différents du métier de banquier.

En fait, on fait porter à Jérôme Kerviel seul une responsabilité collective : c’est un bouc émissaire !

En fait, tout le monde est responsable : lui, ses collègues, les gens du middle office, du back office, les supérieurs hiérarchiques qui doivent superviser les activités de trading et les activités d’investissement, les directeurs de ces supérieurs hiérarchiques. Tout le monde est responsable : Jérôme Kerviel n’a pas pu intervenir à l’insu de qui que ce soit.

C’est la Société Générale qui a pris des positions très lourdes et directionnelles sur les marchés européens durant ces derniers mois, par avidité. C’est l’avidité qui fait désactiver les systèmes de contrôle. L’avidité est là parce que sinon il n’y aurait même pas l’idée de faire du trading mais il faut savoir la canaliser. Il faut qu’il y ait quelque chose qui la maîtrise et que ce ne soit pas elle qui maîtrise l’activité parce qu’à ce moment-là ça devient une activité dangereuse. Une salle de trading guidée par l’avidité de ses dirigeants ou de ses intervenants peut devenir une arme destructrice des marchés financiers globaux mondiaux. Cela peut être aussi grave. Une simple salle de trading d’une dizaine d’intervenants a une puissance financière, grâce aux produits dérivés et à l’effet de levier qui y est associé, qui peut mettre en péril la finance mondiale.

Dans les deux cas, on a désactivé des systèmes de contrôle, des repères, des balises, des limites dans lesquelles on intervenait.

Mais il est difficile de définir ce qui est raisonnable de ce qui ne l’est pas. George Soros a pris des risques formidables avec ses fonds de placement dans les années 60 et cela lui a très bien réussi, à lui et à ses clients. Il a pris des risques auprès desquels ceux de Jérôme Kerviel et de son équipe paraissent dérisoires.

Les risques pris par Jérôme Kerviel et éventuellement ceux qui ont agi avec lui, auraient très bien pu rapporter à peu près la même somme qui a été perdue : cinq milliards d’euros. Les activités de trading sont des activités à risque. La partie « activité de trading sur les produits dérivés » doit se faire avec des fonds qui peuvent être perdus. Donc, ces cinq milliards d’euros perdus pouvaient l’être, il n’y a pas de problème. Cela ne remet absolument pas en question la survie de la Société Générale, contrairement aux deux milliards perdus dans la crise du crédit qui font un trou dans la caisse.

C’est d’ailleurs pour cacher ça que l’on fait passer une faute personnelle pour détourner l’attention d’une faute structurelle, globale et collective, pas seulement de la section « trading » mais surtout de la section « crédit » qui compte des dizaines de milliers d’employés, peut-être des centaines de milliers dans le monde rien que pour la Société Générale.

Donc, on préfère trouver un bouc émissaire pour cacher, non seulement, une erreur structurelle générale du département « trading » mais aussi une erreur structurelle du département « crédit » qui là n’a pas le droit de perdre car cela remet en question la capacité de la Société Générale à faire son métier de banquier et à prêter, puisque ce sont des fonds qui ont été prêtés par l’Etat, par la Banque Centrale Européenne, et qui sont mis en jeu par le crédit… elle a perdu ces fonds-là ! Alors que Kerviel n’a perdu que des fonds propres, et les fonds propres c’est l’argent de poche de la banque. Ce n’est pas l’argent des clients, de l’État, de la Banque Centrale Européenne. Ce sont des bénéfices, des bénéfices d’investissement qui ont été accumulés au fil des ans.

N’oublions pas qu’il n’a été perdu même pas 10 % des sommes totales qui étaient affectées à Jérôme Kerviel et à son équipe. Et ces sommes ne représentent qu’une petite partie de tout ce qui est investi par la banque. La salle de trading de Kerviel n’en était qu’une parmi d’autres.

Je sais très bien, pour avoir travaillé dans un de ces établissements que les banques investissent des centaines de millions voire de milliards d’euros dans d’autres salles de trading externalisées, des sociétés de trading qui réussissent, qui ont de bons résultats. Donc, il faut tout de même relativiser tout ça. Les 4 milliards 83 perdus ne sont qu’une petite partie de l’argent de poche de la Société Générale.  Le maximum de positions qu’à pu prendre Jérôme Kerviel, d’après ce qu’on dit, c’est 50 milliards d’euros ; sur cette somme il a perdu moins de 10 %. Ce n’est pas une catastrophe pour un trader. Un trader perd 10 % et gagne 20 ou 40 % et parfois beaucoup plus… et tout le monde est content à condition qu’on le laisse continuer son métier.

Ce qui différencie les produits dérivés des produits non dérivés (les actions, les parts de sociétés en formation…), c’est la rapidité avec laquelle on peut perdre ou gagner, c’est seulement ça. Mais on peut aussi tout perdre en investissant dans des entreprises qui périclitent. Il y a une règle dans l’investissement : c’est de ne jamais mettre de l’argent dont le manque pourrait être fatal.

Apparemment, ce qui s’est passé, c’est que toutes les sommes imparties pour ces activités de trading risqué ont été placées sur le même marché ou sur des marchés corrélés, dans la même direction. C’est quelque chose qui ne va pas avec une bonne gestion professionnelle du risque. Mais à nouveau, ce n’est pas Jérôme Kerviel, c’est au contrôleur du risque de dire ça. Le trader a une idée, étant convaincu de cette idée, il est prêt à y placer le maximum qu’il peut. C’est au gestionnaire du risque de lui dire : « Non, tu n’as droit qu’à ça. Tu places tout ça si tu veux mais moi je dois veiller à ce qu’il y ait quand même une diversification dans les activités de trading ».

On a vu en 1998 dans quel type d’aventure périlleuse les grandes banques mettent leur argent propre avec le fonds LTCM qui a failli remettre en cause toute la finance planétaire et faire déposer le bilan à toutes les places financières du monde. Donc, c’était autrement plus aventureux que le petit désagrément ressenti autour de Jérôme Kerviel.

Des millions d’individus ont pris des dizaines de millions de petites décisions rampantes et mal ficelées qui ont précipité l’économie mondiale dans un gros problème de croissance et qui obligent maintenant les argentiers à injecter des liquidités au risque (et ils le savent bien) de provoquer une inflation galopante et une dévalorisation de leur monnaie.

Évidemment, c’est difficile de trouver un bouc émissaire pour ces milliards de petites décisions qui ont été prises depuis cinq ou dix ans au niveau du crédit et de ce relâchement de la discipline du crédit. C’est plus facile et plus spectaculaire de pointer à un moment donné le doigt sur un individu à qui on peut reprocher une perte précise sur une somme précise. Mais à nouveau, la faute de Kerviel ne remet même pas en péril la stabilité d’existence de la Société Générale, ne met même pas en cause une simple banque.

Tout le dérapage auquel on a pu assister et dont on pâtit maintenant, du crédit et de la décision de crédit, remet en cause l’économie mondiale, donc le pouvoir d’achat de chaque citoyen de la planète, pays développés et pays en voie de développement. Donc ce n’est tout de même pas les mêmes proportions.

Pour conclure, il y a un problème d’irresponsabilité des banques qui est mis au jour pour des causes d’avidité, de recherche de profit maximal. Simplement, j’ai l’impression que Jérôme Kerviel, les traders en général et les hedge funds aussi sont pointés du doigt pour montrer une toute petite partie de l’irresponsabilité bancaire mondiale. Comme cela, tant qu’on regarde cette petite partie, on ne voit pas la grosse : prêter quasiment les yeux fermés et beaucoup plus que 50 milliards d’euros. Les 5 milliards d’euros qui ont été perdus dans le cadre de la Société Générale ne manquent à personne : les employés seront payés à la fin du mois comme d’habitude, les clients recevront les intérêts sur leur livret d’épargne et la banque n’a rien perdu à cause de ça de sa capacité à faire des crédits. Donc, en fait cela ne manque à personne. Alors que les milliards de fautes professionnelles qui ont été commises par irresponsabilité par tout le système bancaire international ces dernières années met aujourd’hui en péril la croissance économique même du monde, donc la capacité de chaque citoyen à subvenir à ses besoins.

Donc, si on veut diaboliser quelque chose, il ne faut pas se tromper de cible. Qu’est-ce qu’aurait fait la Société Générale de ce bénéfice accumulé depuis des années ? Qu’est-ce que la Société Générale aurait fait de cette somme si elle n’avait pas été perdue par Jérôme Kerviel ? Elle l’aurait de nouveau risquée sur les marchés financiers en produits dérivés !

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